Chapitre 5

Le malaise de Charline s’était fait ressentir durant le reste de la journée. À un tel point qu’elle n’avait pas touché son déjeuner à la grande inquiétude de son amie. Pour elle, c’était la certitude qu’un trouble la hantait. Elle s’était vaguement confiée à la suite de l’entretien avec le directeur, mais sans trop de détails. L’adolescente ruminait dans son coin et s’était renfermée. Michaëla avait tenté une approche en vain. Charline s’angoissait pour rien. Tony était compréhensible, ouvert d’esprit et il avait prouvé à plusieurs reprises qu’il ne jugeait pas les choix de sa sœur, encore moins ses échecs. Il était présent pour elle, pour l’épauler, la conseiller et la guider. Seulement, la honte de l’adolescente était plus forte que le reste et elle avait cette sensation faussée qu’elle décevrait son frère aîné.

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Chapitre 4

Un véhicule pénétra au Domaine Stark dès que le portail automatique s’ouvrit. Il emprunta le sentier principal et il prit la route de gauche qui menait aux écuries. Là-bas, Tony patientait l’arrivée du vétérinaire. Il avait donné un coup de main à Joe, le palefrenier, avant de récupérer Chamallow. Celui-ci se prélassait dans le champ et il profitait d’une retraite bien méritée.

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Chapitre 3

Le beau temps de septembre faisait sortir ces petites têtes étudiantes. Tous venaient à pied afin de profiter des doux rayons de soleil. Certains semblaient revenir de la plage et n’avaient aucune gêne de pénétrer le bâtiment encore humides ; tandis que d’autres étaient bien trop chics. Charline, elle, favorisait un simple jean avec baskets et un t-shirt à l’effigie du groupe musical néerlandais Within Temptation. L’adolescente n’aimait pas s’afficher en public. Elle préférait rester discrète et naturelle. Elle ne se maquillait pas ni portait de vêtement tape-à-l’œil. Quelques railleries se faisaient entendre de temps à autre au détour d’un couloir du lycée, mais elle avait l’influence de son frère qui savait très bien être sobre hors des soirées mondaines. De plus, les moqueries se taisaient bien vite. Rien que son nom empêchait les plus téméraires de frapper dans son dos et seuls les plus stupides ouvraient leur gueule avant de comprendre leur erreur.

Charline avait appris à laisser faire, car cela se tassait avant même la fin de la journée. Pour survivre dans ce genre d’établissement, il fallait savoir passer au-dessus des langues de vipère. Répondre aux critiques était les encourager. Tony avait, à de nombreuses reprises, assuré à sa petite sœur que l’ignorance était la meilleure arme. Il avait raison. Ces individus, n’ayant pas satisfaction, abandonnaient et essayaient de trouver une personne vulnérable qui baissait la tête et qui fuyait au lieu de continuer sans sourciller. Chacun devait gagner sa place et le respect. Au fond d’elle, Charline avait détesté son frère de l’avoir collé dans cet endroit. Néanmoins, c’était ici qu’elle avait Michaëla et leur amitié durait depuis dix belles années déjà.

Bras-dessus bras-dessous, elles passèrent l’immense portail qui s’ouvrait sur le domaine.

— Alors, débuta Michaëla, tu as réfléchi pour l’inscription au concours du M.I.T. ?

— Ouais, mais ce n’est pas mon truc. Je n’envisage pas mes études là-bas, alors je ne pense pas participer. Autant laisser ceux qui veulent leur place là-bas tenter leur chance.

Son regard marron avec un brin de vert se voila légèrement. Elle avait conscience qu’elle décevrait son frère. Depuis plusieurs semaines, elle tournait tout cela dans sa tête. À un moment donné, elle devrait l’affronter et elle craignait cet instant. Charline avait pourtant confiance en lui. Jamais il ne l’avait jugé, mais c’était plus fort qu’elle. Depuis les attentats et son trouble post-traumatique, elle avait perdu son assurance et ressentait une certaine défiance vis-à-vis des autres. Elle avait dû se reconstruire. Même si elle touchait le bout du tunnel, elle sentait encore une ombre planer autour d’elle. Une ombre qui patientait et qui guettait la moindre faille pour l’entraîner dans les ténèbres.

— Eh, ne doute pas. Déjà, on va aller voir le journal et Tony sera fier que tu fasses partie de l’équipe. Il le dit lui-même, tes illustrations méritent d’être reconnues.

Charline sourit et remercia son amie d’enfance. Elle disait vrai. Il était trop tôt pour s’inquiéter et la journée promettait d’être riche en émotions et découvertes.

Le hall était bondé. Les étudiants comme les enseignants tentaient de se faufiler un peu partout. Le bureau d’administration était pris d’assaut tandis que les tableaux d’informations étaient totalement inaccessibles. Charline et Michaëla étaient ravies d’avoir anticipé tout ce bordel. Les deux adolescentes s’étaient inscrites dans leurs options durant les vacances d’été. Charline avait postulé le poste d’illustratrice au journal du lycée et les deux amies avaient imposé leur nom dans deux spécialités : l’art et le management. De plus, cette année, elles avaient la possibilité de se proposer à la présidence du conseil des élèves.

Elles saluèrent des connaissances et Kassandra profita de quelques caresses. La jeune chienne était très appréciée. Au début, Charline avait eu peur des regards sur elle. Finalement, malgré une curiosité mal placée de la part de certaines personnes, Kassandra avait permis le dialogue sur sa mission mal connue. L’adolescente avait accepté les approches et les conversations. Grâce à Kassandra, elle s’était ouverte à nouveau au monde. Cela n’avait pas créé d’amitié particulière, mais même les grosses têtes avaient laissé tomber leur masque hautain et méprisable face à l’animal.

Un brouhaha leur fit tourner la tête. Trois adolescents avaient pris pour cible un jeune, un nouveau apparemment. Il avait eu le malheur de demander son chemin.

— Encore un qui est balancé dans la fosse aux lions sans arme, déplora Michaëla.

La plupart du temps, les jeunes démarraient les études ici et tous se connaissaient depuis la primaire. Toutefois, il arrivait que de nouvelles têtes débarquassent en cours de route et leur vie devenait un enfer s’ils ne parvenaient pas à se faire respecter. Le cercle des héritiers fortunés n’appréciait guère la venue d’intrus.

— Viens ! Allons lui donner un coup de main, décida Charline.

Elle ne pouvait pas décemment le laisser se débrouiller seul face à ces brutes. Chétif, perdu et avec un style vestimentaire rustique, il serait bouffé tout cru avant la fin de la journée.

— Un nouveau riche ? Je n’ai pas entendu parler d’une nouvelle famille dans le coin, s’étonna Michaëla.

— Tony m’a raconté avoir vu un camion de déménagement à la maison hantée.

— Oh ! Je flipperai d’y habiter.

— Moi aussi. Je flippe rien que de me dire qu’elle est à deux pas de chez moi, avoua Charline.

La maison hantée. Elle était nommée ainsi à la suite d’un crime horrible quelques années auparavant. L’époux avait assassiné sa famille avant de se suicider. Certains évoquaient un crime passionnel, mais personne ne savait réellement ce qui s’était produit cette nuit-là. Quelques curieux tentaient des approches pour se donner des frissons. Il n’était pas rare de voir les forces de l’ordre ramener des jeunes à leur domicile après un avertissement.

En tout cas, peu importait, ces nouveaux arrivants s’étaient faits très discrets.

— Eh ! Besoin d’un coup de main ? proposa Charline.

Les trois sportifs se détournèrent de leur victime.

— Tiens donc ! Toujours à mettre ton nez partout.

— Je crois avoir le droit de le mettre là où je veux. Laissez-le tranquille, bande de lâches ! À trois contre un, c’est pitoyable ! J’ai vu vos noms pour le concours. Si vous tenez à ne pas vous ridiculiser, dégagez ! menaça l’adolescente.

— Tu comptes t’inscrire ?

— Peut-être, mais je n’ai qu’un mot à dire pour que les organisateurs annulent votre inscription. Sérieusement, quelle image donnerez-vous s’ils apprennent, totalement par hasard, que vous martyrisez vos petits camarades ?

Tony Stark gardait des liens très étroits avec le M.I.T.. Entre les dons, les discours de fin d’année, la remise des prix du concours et autres événements, il était la célébrité de l’institut. Un seul mot de sa part sur des étudiants irrespectueux et violents, et c’était l’intégralité de leur dossier qui se retrouvait balancé par la fenêtre. Ce concours était une occasion en or et aucun étudiant désireux d’intégrer le M.I.T. ne prendrait le risque d’y être éjecté.

— Tu as du bol, ragea l’un des adolescents au jeune tout penaud.

Une fois le groupe partit, les deux filles s’approchèrent du nouveau qui se demandait encore ce qui venait de se passer.

— Salut ! ça va aller ? questionna avec douceur Charline.

— Euh… oui. J… je crois. Me… merci, bégaya-t-il.

Il ramassa ses affaires que les trois brutes avaient jetées au sol. La tête basse, il tenta de parler, sauf que la panique le faisait bafouiller et il fut incapable de placer les mots correctement. C’était à chaque fois pareil. Dès qu’il était soumis au stress, son bégaiement surgissait sans aucun contrôle.

— Kassandra, ma belle, dis-lui « bonjour ».

La chienne s’assit face à l’adolescent et leva la patte. Le jeune élève sourit et la saisit en réponse.

— Elle s’appelle Kassandra. Moi, c’est Charly, et Mike.

— François. Merci beau… coup.

Un français dans leur établissement ? Ce prénom en donnait l’impression. François se détendit et reprit des couleurs. Il avait craint son arrivée ici en raison de son bégaiement et du fait qu’il fût étranger. Il avait eu peur d’être perçu comme anormal et il était venu à reculons. Quand les deux filles étaient venues à son aide, il avait songé à des opportunistes, à des adolescentes qui lui tourneraient ensuite le dos pour se moquer. Finalement, il avait eu tort. Elles étaient gentilles, souriantes, et il avait vite compris qu’il n’était pas le seul à avoir une vie difficile ; il suffisait d’observer un instant Kassandra pour comprendre la raison de sa présence.

— Tu as besoin d’aide ?

— Je cherche le journal. Et… l’inscrip… l’inscription pour le concours.

— Pour le journal, on y va justement. Pour le concours, vu le monde, je te conseille d’attendre un peu, répondit Charline, viens avec nous.

— Promis, on ne mange personne, rit Michaëla, on est végétalienne. On te fait visiter en même temps.

François hésita un instant. Puis, au bout de quelques secondes, il accepta et accompagna les filles. Il devait faire des efforts d’intégration. Il l’avait promis à sa pauvre mère. Il s’inquiétait pour elle. La savoir seule dans leur immense demeure, considérée comme hantée par la plupart des habitants de Malibu, ne le rassurait pas. Son regard perdu n’échappa pas aux deux amies et il fut surpris d’entendre l’une d’elles parler aussi bien français, sa langue natale.

— Je voyage beaucoup en France, avoua Charline, j’aime ce pays. La Bretagne, la Normandie et le Berry notamment. Cet été, on a été non loin de Sancerre. Les vignes et le paysage sont splendides.

— Tu m’impressionnes de parler aussi bien français. Je suis né à Bourges. Ma mère est franco-allemande, et mon père était de Los Angeles.

Plus aucun trouble de la parole ne nuisait à la conversation. François se sentait serein de dialoguer dans sa langue, même s’il maîtrisait parfaitement l’anglais.

— Je connais Bourges, oui. La cathédrale est très belle et j’ai aussi fait les marais, et le palais Jacques Cœur. Pourquoi tu es revenu dans le coin ?

Là, une ombre passa.

— Mon père est décédé l’année dernière. Ma mère a décidé de se rapprocher de ses beaux-parents, expliqua François.

— Je suis désolée. J’avais trois ans quand mes parents sont morts. C’est mon frère qui m’a élevée.

Certes, elle ne se souvenait pas d’eux et elle n’avait pas vécu cette tragédie comme Tony et François, mais elle avait grandi avec cette absence. Ils continuèrent à faire connaissance en anglais, afin que Michaëla pût profiter de la conversation plus facilement que son amie. Ils traversèrent l’immense bâtiment dans le but de rejoindre le journal du lycée, sans se douter d’être observés de loin.

Une fois sur place, une adolescente à la peau mâte et aux mèches de cheveux roses les accueillit chaleureusement. Rosie assistait le professeur de journaliste — rédacteur en chef du journal lycéen — et elle envisageait des études dans le journalisme à l’université de Yale.

— Salut les filles ! Ravie de vous revoir. Charly, tes illustrations sont d’une beauté… tu commences aujourd’hui. Je vais te donner le planning et les projets pour le mois, hors dernières minutes en cas d’événements exceptionnels.

— Et moi qui pensais que j’allais devoir batailler, rit Charline, au fait, je t’amène un petit nouveau.

François désirait intégrer le journal en tant que journaliste et il avait apporté plusieurs exemplaires de ce qu’il avait déjà réalisé en France. Rosie apprécia tout de suite son travail, excepté qu’elle devait en discuter avec le professeur avant de prendre la moindre décision. Pendant ce temps, Michaëla et Charline patientèrent admirant le parc à travers l’immense baie vitrée. Autant dire que Charline avait hâte de démarrer son boulot.

Son artbook en main, elle feuilleta rapidement ces œuvres. Elle avait produit ce second livre dans le but de le présenter à l’équipe du journal afin d’appuyer sa candidature. Au bout du compte, elle n’en avait pas eu besoin, car les illustrations envoyées quelques semaines plus tôt avaient amplement fait leur travail. La plupart des dessins étaient en noir et blanc. Néanmoins, un seul était en couleur. Il s’agissait d’une femme de dos. Ses longs cheveux ondulaient tandis qu’une belle paire d’ailes se déployait. Dans la version couleur, les plumes étaient dans des nuances bruns et crèmes. L’adolescente s’était inspirée d’un rêve qui était récurrent depuis son enfance et dont seule Michaëla était au courant.

Voler ! Toujours plus loin, toujours plus haut ! Elle se voyait sauter d’une falaise avant le déploiement de ses ailes, robustes et élégantes. Charline se sentait libre et sereine. Au réveil, des picotements se faisaient ressentir dans son dos. Elle ne comprenait pas le sens de ce rêve qui revenait sans cesse. Gamine, elle n’y avait pas prêté plus attention que cela. Le temps lui avait fait prendre conscience qu’il cachait quelque chose et qu’il désirait laisser un message. Message incompris jusqu’à présent.

— Mademoiselle Stark !

Un appel l’interrompit dans ses pensées. Un homme venait de pénétrer dans les locaux du journal. Habillé en costard marron, sa cravate d’un vieux rose jurait affreusement ; tandis que ses lunettes aussi grosses qu’une balle de tennis lui valaient le surnom de « Monsieur Globuleux ». Charline n’eut pas le cœur à rire à sa vision, car elle connaissait la raison de sa venue. Elle laissa son artbook à Michaëla et suivit le directeur du lycée la boule au ventre.

Durant les vacances d’été, l’adolescente avait monté un maigre dossier pour une possible inscription au M.I.T.. Seulement, elle n’osait pas en parler à son frère, encore moins à lui montrer ses pitoyables documents. Dans le fond, elle ne se faisait pas trop d’espoir. Elle n’avait pas les capacités d’entrée dans l’illustre école supérieure ; en revanche, il y avait une différence entre annoncer à Tony qu’elle ne voulait pas y aller et annoncer qu’elle ne le pouvait pas. Elle redoutait ce face-à-face même si son frère ne la jugerait jamais pour le choix de ses études.

Élève studieuse, elle avait réalisé un beau parcours avant que tout s’effondrât. Depuis son traitement, sa scolarité avait pris un mauvais coup et elle peinait à remonter la pente, à se remettre à niveau. Par honte, elle n’avait rien dit à son frère. Elle préférait lui mentir en espérant qu’il ne découvrît jamais la vérité. Il lui faisait confiance. Il croyait en ses paroles qui précisaient que tout allait bien. À force de se cacher, elle se rendait compte qu’elle s’était empêtrée dans un mensonge qui volerait en éclat et elle ignorait comment s’en sortir. Avouer la vérité à Tony ? Comment le pourrait-elle ? Malheureusement, il se doutait de quelque chose. À chaque fois que le sujet des études universitaires et de son avenir était engagé dans une conversation, Charline se tassait et évitait le dialogue.

Le bureau était vaste, en bois et le style prouvait l’ancienneté des lieux. Le directeur s’installa à son luxueux fauteuil en cuir qui irrita la jeune fille et invita Charline à s’asseoir sur la chaise en face. Elle s’exécuta mal à l’aise sur ce dossier de la même matière. Elle ne pouvait pas s’empêcher de songer au pauvre animal et sur le fait qu’elle venait de poser ses fesses sur la peau d’un cadavre. Charline souffla profondément et faufila ses doigts dans la fourrure de Kassandra. Celle-ci s’était assise à ses côtés avec simplicité. Elle sentait le stress de sa maîtresse. Anxiété causée par cet entretien et par le cul-de-sac au bout du chemin. Charline n’aurait bientôt plus s’échappatoire et elle serait contrainte de discuter avec Tony.

— Hormis le M.I.T., j’ai noté des préférences pour Harvard ou encore Stanford ? Vous visez haut. Ces universités sont les plus sélectives du pays et elles ne sont pas faites pour vous, mademoiselle Stark. Votre dossier ne sera même pas étudié. Yale serait plus adapté. Cette faculté a un très bon département d’art et vu vos compétences dans ce domaine, vous aurez peut-être vos chances. Tout comme Colombia.

Excepté que cette dernière se situait à New York et que Charline refusait d’y remettre les pieds.

— Peut-être ? Et pour le M.I.T. ?

Il referma le dossier et fixa l’adolescente.

— Je vais être franc avec vous. Votre dossier ne vous permettra pas d’entrée dans l’une de ses écoles. Le mieux que vous pouvez espérer est d’être en bas de la liste d’attente. Vous avez décroché, mademoiselle Stark. Cela fait deux ans et, à moins de travailler dur, vous ne rattraperez pas le niveau. Ces deux ans, c’est comme un blanc dans votre dossier et aucune prestigieuse école ne l’acceptera. De plus, aucune de vos options n’est en accord avec l’un des cursus du M.I.T.. Comment pouvez-vous penser que ce dossier passera ? Vous avez abandonné l’option mécanique au bout de six mois.

Rien ne la sauverait. Elle ne rattraperait jamais son retard. Elle n’obtiendrait jamais le niveau pour intégrer une prestigieuse école. Certes, elle aurait sans doute dû faire plus d’effort. Tout était sa faute en réalité et elle assumerait. Elle était la honte de sa famille. Elle déshonorait son nom. Charline se sentait si pitoyable et inutile. Comment oserait-elle affronter Tony dans les yeux ? Où trouverait-elle le courage de lui avouer qu’elle se plantait dans sa scolarité ? Il serait tellement déçu. Déçu par son échec, déçu par son mensonge. Et pourquoi s’inquiétait-elle pour quelque chose qu’elle ne voulait pas, qu’elle n’avait jamais souhaité ? Parce que c’était de ce que Tony désirait pour elle. C’était ce qu’elle pensait et son cœur se déchirait à l’idée de voir la déception dans son regard.

Chapitre 2

Septembre 2003 — Malibu — Villa du domaine Stark

Une tornade brune souffla dans le couloir de l’étage. Rien ne semblait pouvoir la stopper dans son élan ravageur, ni les murs antisismiques, ni les vitres pare-balles. La chambre qu’elle venait de fuir était dans un état de catastrophe naturelle déclaré. Les draps traînaient avec négligence sur le lit, des livres formaient un petit chemin entre la bibliothèque en chêne massif et le divan, tandis que des vêtements et des serviettes de toilette agonisaient au sol. Qui pouvait prédire que ce désastre était le fruit d’une adolescente de quinze ans ? Celle-ci dévala le bel escalier en marbre qui menait dans l’immense double salon, annexé par une magnifique terrasse dont la baie vitrée était ouverte sur la mer. Le chant et la vue ralentirent un instant la furie avant qu’elle ne reprît sa course jusqu’à la cuisine en compagnie de Kassandra, sa golden retriever.

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Chapitre 1

Novembre 1988 — New York

Comment avaient-ils pu penser qu’il était prêt à être grand frère ? Comment ses parents avaient-ils pu imaginer qu’il était judicieux d’avoir un second enfant à leur âge, et après les durs échecs passés ? Il avait acquiescé, il avait accepté la situation en ignorant l’impact que cela aurait sur la famille Stark. Outre la différence d’âge qui séparerait Anthony de sa petite sœur à venir, il craignait pour la santé de sa mère. Plusieurs années auparavant, Maria et Howard avaient espéré agrandir leur famille, mais le malheur s’était abattu sur eux. À la suite de deux fausses couches, ils avaient perdu tout espoir. Aujourd’hui, cette grossesse était un miracle, un miracle risqué, même si les médecins étaient optimistes ; la mère et l’enfant étaient en bonne santé.

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